Les objets
Boutons, au-delà de l’utile. Une exposition de la collection de Loïc Allio
Qu’ils soient en ivoire gravé du 19ème ou en nacre du 18ème qu’ils figurent la liberté ou la musique qu’ils soient réalisés par le petit-fils d’un chirurgien de Victor-Emmanuel 1er, émigré en France (Roger Scemama) ou par une écrivaine pauvre mais artiste (Elsa Triolet : « à quelques exceptions près, les peintres, les savants, les écrivains doivent en Occident pour gagner leur vie avoir en plus de leur travail une activité qui n’a rien à voir avec : travailler dans une Compagnie d’assurances, vendre des boutons, être menuisiers, n’importe quoi », écrit-elle, et c’est pourquoi elle crée pour l’autre Elsa… Schiaparelli) qu’ils se taisent ou qu’ils parlent comme celui-ci lequel nous avertit, potius mori quam fedari, qu’il vaut mieux « plutôt mourir que de se déshonorer » – est-ce Chateaubriand lui-même qui parle par son intermédiaire, lui qui se vante d’avoir porté à Rennes en 1788 avec d’autres nobles bretons en rébellion contre les exigences fiscales de la monarchie, des habits avec de grands boutons de nacre semés d’hermine autour desquels était écrite en latin cette même devise ?), – bref, quels qu’ils soient, ils sont tous « au-delà de l’utile ». Boutons. Au-delà de l’utile est le titre de l’exposition (ouverte jusqu’au 16 septembre 2007 au Musée de la Miniature de Montélimar) de la collection de Loïc Allio, un des plus fidèles « arpenteurs » de notre marché. C’est une première : non seulement cette collection est une des plus importantes au monde, mais c’est la première fois qu’elle est exposée, et c’est la première fois qu’une collection de boutons d’une telle qualité est exposée.
*** Cette note a utilisé les recherches savantes de M. Allio recueillies dans le catalogue de l’exposition, qui est déjà le deuxième livre de Loïc. Nous souhaitons à Loïc toujours de nouvelles trouvailles, à Vanves comme ailleurs.
Nous ne savez peut-être pas ce que sont la copocléphilie, la philuménistie ou la placomusophilie. Mais peut-être, les avez-vous déjà attrapées, elles ou leurs cousines…
Pour tout connaître de ces gentilles affections, lisez donc le joli texte thérapeutique de Daniel Le Moal (rédigé pour la 70ème édition de la foire de Chatou en 2005) :
Serguei Paradjanov, un chineur de génie ?
Un chineur de génie ? Serguei Paradjanov ! (le grand cinéaste arménien-géorgien-ukrainien-azéri-etc.). Ecoutons Patrick Cazals, son meilleur biographe à ce jour : « Comme une règle de vie, le brocanteur Paradjanian père répétait tous les jours à ses proches : « Les objets, il faut que ça circule ! » Et son fils Serguei, admiratif, l’a écouté […] La Tiflis de 1930 était fière de son label prestigieux de Petit Paris […] Dans les demeures des familles aisées de Tbilissi, il n’était pas rare de trouver des merveilles : collections de tableaux précieux, lustres de maîtres vénitiens, tapis de tout l’Orient, joyaux de Colchide, émaux sur or et orfèvrerie de Fabergé, icônes, mobilier somptueux… Les difficultés nouvelles imposées par le régime bolchévique amenèrent très vite ces familles à vendre toutes ces richesses. Paradjanov avait gardé la nostalgie de cette enfance bohème et heureuse. Il en parlait toujours avec gaieté, n’hésitant pas à sortir l’argenterie familiale miraculeusement conservée, à plaquer deux accords sur un Bechstein vieillissant, exhibant un magnifique vase Gallé dont on se demandait par quel étrange circuit il avait pu arriver jusqu’à lui. Ce goût de l’objet et du troc était devenu pour Paradjanov une véritable esthétique » (Serguei Paradjanov, Ed. de l’Etoile/Cahiers du cinéma, 1993). Esthétique de l’assemblage d’objets, qu’il met en oeuvre dans ses films bien sûr, mais aussi dans les centaines de collages qu’il réalisera jusqu’à la fin de sa vie.


En février 1988, Paradjanov est autorisé, pour la première fois, à sortir d’URSS, et présente ses films et collages dans de nombreux festivals. A Rotterdam, par exemple, où il file aussitôt chiner aux puces, comme l’atteste la célèbre photo de Cazals ci-contre.
En novembre de la même année, il est à Paris pour l’ouverture de la rétrospective du cinéma géorgien. Peut-être file-t-il là aussi aussitôt après aux puces… De Vanves ?
*** Pourquoi n’iriez vous pas à votre tour à Erevan voir le musée qu’on lui a dédié, où « tableaux, collages, manuscrits, meubles et affiches retracent sa carrière et tentent de recréer l’athmosphère de sa maison familiale de Tbilissi, à présent à l’abandon » (Cazals) : http://parajanov.com/museum_info.html .

Il s’agit d’une balance pour… cocons de ver à soie (le crochet est en haut à droite).
Chiffonnée, fripée, décolorée, démantibulée, gisant misérablement dans un cageot troué, les yeux révulsés, la perruque de travers et mitée, c’était , il y a longtemps, … une poupée. Une poupée, assise dans un coin, intouchable, le teint resplendissant, les anglaises de sa chevelure bien rangées, les rubans et dentelles de sa tenue empesés avec soin. Alors, si par hasard, dans un coin de grenier, vous découvrez un reste de poupée, mettez-la délicatement dans un petit carton, elle fera le bonheur de celle qui, enfant, ne devait la toucher qu’avec les yeux.
"Il est six heures du soir. La Bastille est tombée une heure plus tôt. Son gouverneur Launay, et son commandant, le major de Losme, faits prisonniers, sont traînés à pied du faubourg Saint-Antoine à l’Hôtel de Ville, siège du nouveau gouvernement municipal, pour y être jugés. La foule immense, très excitée par le bruit du canon et l’odeur de la poudre, se fait de plus en plus menaçante. Place de Grève, elle arrache les deux hommes à leur escorte, les transperce de mille coups de baionnette et de couteau. Le gouverneur et le commandant tombent morts.
A ce moment précis, un cri est lancé, repris par tous : "Fouillez-les." Un brave marchand bijoutier, qui vient de s’engager dans la garde bourgeoise formée la veille, plein de son autorité nouvellement acquise, se penche sur le cadavre du major. Dans une bousculade indescriptible, il inspecte ses poches, dans l’espoir d’y découvrir quelque secret d’Etat ".
Si vous voulez lire l’extrait du procès-verbal rédigé ce 14 juillet 1789 par le commissaire Fontaine (un des trois seuls procès-verbaux existant relatifs à la prise de la Bastille) où l’on apprend quels sont les "secrets d’Etat" en question, et combien facilement ils se métamorphosent, cliquez ci-dessous .


























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