Chiffonnée, fripée, décolorée, démantibulée, gisant misérablement dans un cageot troué, les yeux révulsés, la perruque de travers et mitée, c’était , il y a longtemps, … une poupée. Une poupée, assise dans un coin, intouchable, le teint resplendissant, les anglaises de sa chevelure bien rangées, les rubans et dentelles de sa tenue empesés avec soin. Alors, si par hasard, dans un coin de grenier, vous découvrez un reste de poupée, mettez-la délicatement dans un petit carton, elle fera le bonheur de celle qui, enfant, ne devait la toucher qu’avec les yeux.
Les objets
"Il est six heures du soir. La Bastille est tombée une heure plus tôt. Son gouverneur Launay, et son commandant, le major de Losme, faits prisonniers, sont traînés à pied du faubourg Saint-Antoine à l’Hôtel de Ville, siège du nouveau gouvernement municipal, pour y être jugés. La foule immense, très excitée par le bruit du canon et l’odeur de la poudre, se fait de plus en plus menaçante. Place de Grève, elle arrache les deux hommes à leur escorte, les transperce de mille coups de baionnette et de couteau. Le gouverneur et le commandant tombent morts.
A ce moment précis, un cri est lancé, repris par tous : "Fouillez-les." Un brave marchand bijoutier, qui vient de s’engager dans la garde bourgeoise formée la veille, plein de son autorité nouvellement acquise, se penche sur le cadavre du major. Dans une bousculade indescriptible, il inspecte ses poches, dans l’espoir d’y découvrir quelque secret d’Etat ".
Si vous voulez lire l’extrait du procès-verbal rédigé ce 14 juillet 1789 par le commissaire Fontaine (un des trois seuls procès-verbaux existant relatifs à la prise de la Bastille) où l’on apprend quels sont les "secrets d’Etat" en question, et combien facilement ils se métamorphosent, cliquez ci-dessous .
Trente rayons convergent au moyeu Mais c’est le vide médian Qui fait marcher le char.
On façonne l’argile pour en faire des vases, Mais c’est du vide interne Que dépend leur usage.
Une maison est percée de porte et de fenêtre, C’est encore le vide Qui permet l’habitat.
L’être donne des possibilités, C’est par le non-être qu’on les utilise.
Le bouton illustre lui aussi ce poème de Lao Tseu : son usage dépend du vide central constitué d’un ou de plusieurs trous, ou encore de l’anneau par lequel le fil passe et le rattache au vêtement.
Avez-vous des boutons ? Non, dommage. Les aimez-vous ? Non, dommage. Et bien, allez vous promener dans ce magnifique livre écrit et illustré par Monsieur Allio (d’où est tirée la citation), et vous les aimerez.